Cinéma : Dogman, une vengeance à l’italienne


Neuvième long métrage de Matteo Garrone, Dogman s’immisce dans le quotidien sans heurt de Marcello, jusqu’au jour où tout bascule. Marcello Fonte donne vie sobrement à son personnage, entouré d’Edoardo Pesce, Amado Dionisi et Alida Baldari Calabria. Actuellement au cinéma.

Dans une banlieue déshéritée, Marcello, toiletteur pour chiens discret et apprécié de tous, voit revenir de prison son ami Simone, un ancien boxeur accro à la cocaïne. Très vite, ce dernier rackette et brutalise le quartier. D’abord contant, Marcello se laisse entraîner malgré lui dans une spirale criminelle. Il fait alors l’apprentissage de la trahison et de l’abandon, avant d’imaginer une vengeance féroce…

Sombre, brute, réaliste, Dogman est un thriller réussi. Ce film noir montre la vie difficile d’une bourgade pauvre, où les habitants tentent de s’en sortir comme ils peuvent, au milieu d’une mafia qui fait régner la terreur. L’histoire, en deux parties, permet de souligner l’évolution de Marcello, toiletteur canin, réservé, et obligé d’assumer ses choix passés. S’il est naïf et faible dans un premier temps, il devient assoiffé de vengeance. Les rôles s’inversent. Seul le fil conducteur est conservé, à savoir l’amour inconditionnel que porte Marcello aux animaux, en particulier les chiens, dont il s’occupe avec tendresse.

Accompagné d’Ugo Chiti et Massimo Gaudisio, le réalisateur italien signe un scénario subtil, et plonge le spectateur au cœur d’une ville pauvre, gangrénée par le trafic de drogue, l’argent facile et la violence, où les petits caïds tentent de faire la loi. Au milieu de cette jungle, Marcello survit. Aimé de tous et respecté, il essaie de se racheter aux yeux de ses compatriotes lorsqu’un mauvais choix le mène tout droit en prison. Sa liberté nouvelle n’est qu’illusion, puisque rien n’a changé en son absence. Humilié, abandonné et trahi, il met alors en place une vengeance, sa délivrance. Marcello aspire à ressembler aux autres, à recouvrer le respect et ses valeurs perdus, lui, l’homme sans histoire qui vit une injustice flagrante. La violence est poussée à son paroxysme, tel un ras-le-bas trop longtemps tu.

Dogman touche autant en raison des acteurs principaux brillants. Marcello Fonte et Edoardo Pesce parviennent à humaniser et rendre touchant leurs personnages, malgré la violence de l’un et la lâcheté de l’autre. Les rôles secondaires manquent d’épaisseur et de complexité, mais ils s’imposent grâce à leur importance dans l’évolution et les choix de Marcello. Cette belle distribution évolue dans une mise en scène brute, sans fioritures. Le long métrage bénéficie d’une identité visuelle forte, avec une faible colorimétrie, accentuant la noirceur du récit. L’aube lors des dernières minutes représente la réelle mais fragile liberté de Marcello : il voit enfin la lumière après la traversée du tunnel. Par ailleurs, la caméra est posée de telle sorte qu’elle s’apparente à un témoin des faits et gestes ayant lieu dans la bourgade.

Portrait d’une ville en souffrance, le dernier Matteo Garrone est également le récit de la vie d’un homme, un amoureux des chiens, forcé de dealer, contraint à la prison. Un destin brisé, où la vengeance aura un parfum de délivrance. Une œuvre puissante, à découvrir le cœur bien accroché, certaines scènes pouvant heurter la sensibilité des plus jeunes. Brillant.

Dogman, un film de Matteo Garrone • Avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Nunzia Schiano, Amado Dionisi, Francesco Acquaroli, Alida Baldari Calabria, Gianluca Gobbi… • 1h42 • Interdit aux moins de 12 ans lors de sa sortie en salles • Sortie le 11 juillet 2018.

Dogman

9

Réalisation

9.5/10

Scénario

9.5/10

Dialogues

7.0/10

Interprétation

10.0/10

Pros

  • Des personnages complexes
  • Une belle lumière
  • D'excellents acteurs

Cons

  • Quelques scènes violentes

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