Cinéma : Gueule d’ange, entre souffrance et manque d’amour


Poétique et magnifique ! Gueule d’ange, le premier film de Vanessa Filho est une pépite. Marion Cotillard et Ayline Aksoy-Etaix sont bouleversantes dans ce drame social. À voir dès aujourd’hui dans les salles obscures.

Marlène vit seule avec sa fille de huit ans, Elli. Une nuit, après une rencontre en boîte de nuit, elle décide de partir, laissant son enfant livrée à elle-même…

Dès les premières minutes, le spectateur est face à une image sublime : Vanessa Filho tempère le drame qui se noue avec une photographie travaillée. Le résultat est poétique. Un paradoxe, tant la cinéaste filme de nombreuses violences, souvent psychologiques. Cette réalisation soignée et réfléchie tranche avec le sujet : Marlène est une mère irresponsable et alcoolique. Elle est un mauvais exemple pour Elli, sa fille de huit ans, qu’elle délaisse au profit de ses frasques. Ce long métrage permet à Vanessa Filho d’aborder plus largement l’amour, le manque d’amour, l’alcoolisation des enfants (Elli imite sa mère), l’irresponsabilité maternelle (Marlène abandonne sa fille afin de suivre un homme, croyant la petite assez grande pour s’assumer), le harcèlement scolaire (malheureusement relégué au second plan mais bel et bien présent et dangereux), l’insécurité, les addictions en général (alcool, cigarette, téléréalité). Marlène et Elli cherchent leur place. La première, au chômage, essaie de se sentir utile, auprès des hommes. La seconde tente d’exister aux yeux de sa mère, puis de ses camarades de classe, et enfin, trouve en Julio le père idéal. Avec lui, Elli sourit, rit, vit. Autour d’eux, les interactions sont réduites à de simples rencontres du quotidien.

L’ensemble est montré par deux points de vue. L’externe place la caméra en témoin de l’histoire. Le spectateur découvre au fur et à mesure les personnages et leurs actions. Il saisit les émotions telles qu’elles sont présentées à l’écran. Ce point de vue laisse place, régulièrement, à celui d’Elli. La caméra filme à hauteur d’enfant. Elle montre l’abandon à travers la fillette qui ne se sent pas aimée. L’une des scènes les plus marquantes étant lorsque le taxi s’éloigne de la boîte de nuit et qu’Elli regarde, impuissante, sa mère s’éloigner d’elle. Dans sa liberté, Marlène abîme Elli. Elle n’est pas consciente du mal qu’elle lui fait. Elle est égoïste (elle cherche son propre bonheur, même si elle aime sa fille à sa façon) et manque de maturité. Elle se comporte comme une adolescente sans responsabilités. Progressivement, le spectateur assiste à la chute d’Elli, qui plonge dans l’alcool et la violence, manifestation d’une souffrance inécoutée.

Pendant une heure et quarante-huit minutes, les paradoxes se multiplient. Le scénario oscille entre tendresse et violence, entre amour et abandon. Il est le portrait touchant d’une mère à la dérive et d’une enfant malheureuse. La réalisatrice a su trouver un équilibre entre douceur et brutalité. Afin de donner vie à ses personnages torturés, Vanessa Filho s’est entourée d’excellents acteurs, aussi bouleversants qu’épatants. Mention spéciale à Ayline Aksoy-Etaix, si jeune et pourtant si juste dans le costume d’Elli, un rôle particulièrement difficile et délicat.

Gueule d’ange est un joli premier film, une poésie cinématographique. Il signe la naissance d’une superbe réalisatrice, et les premiers pas d’une jeune actrice qui a déjà tout d’une grande.

Gueule d’ange, un film de Vanessa Filho • Avec Marion Cotillard, Ayline Aksoy-Etaix, Alban Lenoir, Amélie Daure, Stéphane Rideau… • 1h48 • Sortie le 23 mai 2018.

Gueule d'ange

9.1

Réalisation

9.5/10

Scénario

8.5/10

Dialogues

8.5/10

Interprétation

10.0/10

Pros

  • Une esthétique sublime
  • Des actrices magnifiques
  • Un beau récit

Cons

  • Manque de repères temporels

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