Cinéma : Sadie’s Last Days on Earth, portrait d’une ado imaginative et angoissée


Si vous croyez que la fin du monde est pour bientôt, Sadie’s Last Days on Earth est pour vous ! Découvrez sans plus attendre le quotidien d’une jeune fille décidée à survivre coûte que coûte. Actuellement au cinéma.

Sadie, 16 ans, est convaincue que la fin du monde est imminente. Elle rédige une liste de choses à réaliser avant l’apocalypse, telles que savoir cuisiner ou embrasser un garçon. Mais elle ne veut pas être la seule survivante : elle doit à tout prix de se réconcilier avec sa meilleure amie avant la date fatidique…

Surréaliste et original, le deuxième long métrage de Michael Seater dresse le portrait attendrissant d’une adolescente qui a peur de grandir, pour qui imaginer la fin du monde est plus simple que d’affronter ses angoisses. Le Torontois, bien connu des inconditionnels de Murdoch Mysteries (de 2009 à 2017, il interprétait le psychopathe James Gillies, ndlr), signe un scénario haut en couleurs, avec l’aide de Lauren Collins. Dès lors, le spectateur entre dans l’esprit torturé de Sadie, jeune fille entre deux mondes. Si le scénario est juste, les personnages sont caricaturaux et peu étoffés (les filles ne veulent qu’être populaires, les garçons se prennent pour John Travolta, la blonde craint pour sa manucure, etc.)

Hormis ses défauts, le film a le mérite de soulever avec justesse les tracas de l’adolescence. La peur de Sadie coïncide avec la fin d’un autre monde, l’enfance. Elle angoisse à l’idée de grandir, doit se forger une identité pour l’avenir, alors qu’elle-même ne sait plus trop qui elle est. La peur de ne pas être “comme les autres” la ronge. Elle se réfugie dans son imaginaire, où le moindre détail est la preuve que la fin du monde approche. Avec cette peur irrationnelle, Sadie s’isole, s’attire les moqueries de ses camarades, qui voient cette crainte comme une sorte de délire d’ado mal dans sa peau. Dans sa chambre transformée en bunker, tout est prêt pour survivre. Les derniers défis à accomplir sont listés sur une feuille de papier, liste qui fera d’elle “une fille normale” comme le dicte la société. Déterminée, elle réalise ses souhaits. Dans un sens, elle accepte de grandir un peu plus à chaque étape franchie. Le jeune réalisateur évoque la liberté, la nécessité d’être soi-même, de ne pas s’écraser sous le poids des diktats de la société. Poids que porte inconsciemment Sadie sur ses épaules au point d’être une boule d’anxiété. Le parallèle entre la fin du monde et la fin de l’enfance est réussi : ces deux fins sont différentes, mais tout aussi terrifiantes.

Ces derniers jours sur Terre sont servis par de bons acteurs, jouant leur partition tels des maestros. Malheureusement, ils ne parviennent pas à faire oublier les faiblesses de l’écriture. Les acteurs secondaires semblent être des figurants (ils seraient inexistants que le récit n’en serait pas amoindri). Il est donc décevant que leur talent ne soit pas mieux exploité. La mise en scène, quant à elle, est simple et efficace, mais souffre de l’incohérence des saisons : tourné en octobre 2015 à Toronto (Ontario, Canada), ce teen movie se déroule jusqu’en décembre. À croire qu’il fait chaud et qu’il ne neige pas en décembre au Canada.

Drôle mais inégale, la nouvelle comédie de Michael Seater plonge le spectateur au cœur de l’imaginaire tourmenté d’une gamine de 16 ans. Quelques moments brillants, grâce au talent des acteurs. Ce n’est pas le film de l’année, mais il remplit sa mission de divertissement.

Sadie’s Last Days on Earth, un film de Michael Seater • Avec Morgan Taylor Campbell, Clark Backo, Ricardo Hoyos, Munro Chambers, Paula Brancati, Hélène Joy, Peter Keleghan… • 1h34 • Sortie le 9 décembre 2016 (Canada). Sortie française prochaine.

Sadie's Last Days on Earth

Sadie's Last Days on Earth
8.4

Réalisation

8.5 /10

Scénario

7.5 /10

Dialogues

8.0 /10

Interprétation

9.5 /10

Pros

  • Une idée originale
  • Des acteurs talentueux
  • Un scénario qui tient la route
  • Des sujets bien traités

Cons

  • Des incohérences
  • Une qualité inégale
  • Des seconds rôles pas assez étoffés

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