Théâtre : Un amour de Swann, de l’amour à la haine


J’irai bien refaire un tour du côté de chez Swann… N’hésitez pas ! L’équipe du Ciné XIII Théâtre (Paris 18ème) vous attend. Elle vous sert sur un plateau une fine brochette de comédiens au talent indiscutable. Vous verrez, Proust est un comique !

Lorsque la demi-mondaine Odette de Crécy rencontre Charles Swann, dandy du faubourg Saint-Germain et figure très respectée parmi l’aristocratie parisienne, il ne lui trouve aucun charme particulier. Elle est belle, certes, mais d’un genre de beauté fragile qui le laisse de marbre. Cependant, en femme calculatrice qui sait parvenir à ses fins, elle fait en sorte qu’il s’intéresse à elle. Petit à petit, le charme opère, un peu d’amour s’installe…

À son entrée en salle, le spectateur cherche une place. Il découvre alors, s’il observe, qu’Alain Bouzigues est d’ores et déjà en scène. Le comédien prête ses traits à Charles Swann, en plein travail sur sa thèse concernant un peintre de renom. Il se balade entre la table et les chaises, disparaît de temps à autre. Très vite, il donne la réplique à Valérie Decobert, délicieuse dans son corset et sa jupe longue, puis Isabelle Ferron, Louis Cariot, Sébastien Perez et Salvatore Ingoglia. Convaincants, ils réussissent à reproduire les minauderies du début du XXème siècle. Vêtus comme au temps de Proust, ils portent chapeaux haut-de-forme, corsets, gants, ou autres belles robes bourgeoises. Ils évoluent au cœur d’un décor simple : trois paravents blancs font office de murs recouverts de tableaux de maîtres, quelques chaises, des tabourets et une table transparents, en lieu et place de mobiliers sculptés. Aussi, les comédiens (et le public) ont l’obligation de solliciter leur imagination. Quant à la mise en scène, elle se veut astucieuse. Malgré l’espace restreint du plateau, le décor s’adapte à toutes les scènes et permet de changer de lieu en moins d’une minute. Des interludes musicaux (la “célèbre” Sonate de Vinteuil, œuvre musicale fictive) ponctuent l’action, ainsi que des jeux d’ombres et de lumières, mettant en valeur les costumes. L’adaptation du roman de Marcel Proust est drôle, les dialogues efficaces. Elle évoque le jeu de l’amour et ses conséquences. L’amour doit-il être pris au sérieux ? Ce n’est pas Charles Swann qui dira le contraire. Lui qui se morfond en attendant sa belle, qui se désole en découvrant ses fréquentations. De cette attente naît la jalousie. Qui disparaît aussitôt, tant Odette de Crécy est manipulatrice. Swann subit des montagnes russes émotionnelles face à cette femme sans scrupules. Jusqu’au coup de grâce.

Du roman à la pièce, il n’y a qu’un pas, franchi avec brio par Nathalie Vierne. L’œuvre est interprétée justement par d’excellents comédiens. À voir !

Un amour de Swann, d’après À la recherche du temps perdu – T.1 Du côté de Swann – Partie 3 Un amour de Swann de Marcel Proust, avec Alain Bouzigues, Valérie Decobert, Isabelle Ferron, Louis Cariot, Sébastien Perez et Salvatore Ingoglia. Mise en scène de Nathalie Vierne. Jusqu’au 31 décembre. Du mercredi au dimanche (horaires variables). Relâche le 24 décembre. De 13 à 26€. Ciné XIII Théâtre, 1 avenue Junot, 75018 Paris. Téléphone : 01 42 54 15 12.

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